Dans le vaste univers des contenus numériques, il y a des vidéos qui divertissent, d’autres qui informent, et puis il y a celles qui, en quelques secondes, nous révèlent une vérité fondamentale sur la nature humaine. Une vidéo récente, devenue virale, appartient sans aucun doute à cette dernière catégorie.
Elle met en scène un homme qui, avec un sourire en coin et une assurance inébranlable, se présente comme “un architecte”. Pour prouver ses dires, il saisit un marqueur et un tableau, se lance dans un exposé sur la construction de ponts et, sous les yeux des spectateurs, esquisse un dessin d’une simplicité enfantine, techniquement absurde et, surtout, complètement impossible à réaliser dans le monde réel.
Ce moment de fausse expertise est un cas d’école de l’effet Dunning-Kruger, un biais cognitif qui pousse les personnes les moins qualifiées dans un domaine à surestimer leurs propres compétences. L’homme de la vidéo n’est pas un escroc ; il est une victime de son propre manque de connaissance.
Son ignorance dans le domaine de l’architecture et de l’ingénierie est si profonde qu’il est incapable de reconnaître ses propres lacunes. Son croquis, qui ne tient ni la route ni la logique, est la preuve visuelle que la confiance peut masquer l’incompétence de manière terrifiante.
L’effet Dunning-Kruger est un phénomène qui nous touche tous. Qui n’a jamais surestimé ses capacités dans un domaine nouveau ? Mais ce qui rend cette vidéo si frappante, c’est le contexte professionnel. L’architecture et l’ingénierie ne sont pas de simples passe-temps. Ce sont des disciplines rigoureuses où la compétence est une question de sécurité publique. L
es erreurs de conception peuvent avoir des conséquences désastreuses, allant de l’échec structurel à la perte de vies humaines. Penser qu’un individu puisse se présenter comme un professionnel qualifié avec une connaissance aussi rudimentaire est à la fois comique et profondément alarmant. C’est le genre d’incompétence qui, si elle était répandue, pourrait mener à des catastrophes.
La vidéo soulève une question fondamentale sur notre société moderne. À une époque où les titres sont faciles à s’attribuer sur un profil en ligne et où le statut de “professionnel” peut être revendiqué sans preuve, comment pouvons-nous faire la distinction entre les vrais experts et les faux ?
L’homme de la vidéo n’a pas de diplôme ni de portfolio à montrer, seulement son assurance. Or, cette confiance est une monnaie d’échange puissante dans le monde numérique. Nous sommes souvent instinctivement attirés par les personnes qui parlent avec autorité, car elles semblent avoir toutes les réponses. L’expert humble, qui admet la complexité et les incertitudes de son travail, est souvent moins audible dans le bruit de fond des certitudes.
L’exemple du pont est d’autant plus pertinent que les constructions symbolisent la solidité et la fiabilité. Elles sont le produit d’une planification méticuleuse, d’une expertise technique poussée et d’un respect des lois de la physique. Le dessin de l’homme, avec ses lignes simples et sa structure absurde, est une négation de tout ce que représente un pont.
Il est le symbole d’une fausse expertise, d’une pensée magique appliquée à un problème du monde réel. C’est un rappel brutal que dans certains domaines, il n’y a pas de place pour l’approximation et que l’incompétence n’est pas une question d’opinion, mais une question de faits.
Pour contrer ce phénomène, la solution réside dans la promotion de l’humilité intellectuelle. Il s’agit d’encourager la curiosité, la remise en question, et surtout, la capacité à reconnaître ce que nous ne savons pas. Les écoles, les universités, et même les entreprises doivent enseigner que l’expertise n’est pas un but, mais un voyage continu.
Elle nécessite un apprentissage constant, une acceptation des erreurs et une volonté de s’améliorer. La vraie compétence ne se mesure pas à l’aplomb, mais à la qualité du travail produit et à la capacité de reconnaître quand on a besoin d’aide.
La vidéo de l’architecte confiant est un avertissement. Elle nous rappelle que le monde est rempli de personnes qui pensent savoir plus qu’elles ne le font réellement. Elles peuvent être amusantes à regarder sur les réseaux sociaux, mais lorsqu’elles entrent dans des domaines qui affectent notre sécurité, notre santé ou notre bien-être, elles deviennent un danger.
En comprenant l’effet Dunning-Kruger, nous pouvons non seulement mieux évaluer les personnes qui nous entourent, mais aussi être plus critiques de nous-mêmes. C’est un pas crucial pour construire un monde plus sûr et plus respectueux de la véritable connaissance.