Il revient dans la lumière avec The Voice, mais pas tout à fait prêt à quitter l’ombre. Une distance salutaire pour savourer le travail accompli auprès des siens. Rencontre avec un artiste atypique.
est l’un des musiciens les plus talentueux de sa génération. Vianney occupe tous les terrains avec succès mais il a gardé cette simplicité déconcertante qui le hisse si haut dans le coeur des Français. A 34 ans, il traverse les modes et garde les pieds sur terre. Entretien avec un coach inspiré et inspirant, un artiste qui écrit pour Gims, Pagny, Dion, Bruel… mais avant tout un mari et un papa. « Avant, j’aurais peut-être mis la musique en première position. Désormais, je place la famille au-dessus du reste. »
NIKOS ALIAGAS : Tu es né à Pau, tu as grandi à Paris, ton père était pilote militaire, ta mère, pilote instructrice. Mais la musique a bercé ton enfance…
VIANNEY : Oui, tout le monde en joue dans ma famille. Ma maman se cache pour jouer du piano et mon père fait de la guitare à outrance depuis tout petit. Avec mes frères, on avait même un groupe. Petit, je me souviens de mon papa qui chantait du Brassens dans la cuisine, on l’écoutait tous et c’était captivant. Je me disais que je chanterais un jour mes propres chansons. Je voulais déjà raconter mes propres histoires.
NIKOS : Mais tu n’as pas fait de la musique tout de suite, tu es passé par une école de mode, non ?
VIANNEY : Absolument ! J’ai suivi une formation de stylisme où tu dessines et tu couds. Mes parents n’avaient qu’une obsession, que leurs enfants bossent. Ils étaient un peu dépités par nos scolarités avec mes quatre frères. Oui, quatre mecs, ça se passe moins bien qu’avec quatre filles, c’est un fait ! [Rires.] J’avais une tête d’élève modèle, ça m’a sauvé des conseils de classe, des redoublements, mais l’école ne m’intéressait pas du tout. C’était un vrai problème. Je n’aimais pas trop apprendre dans un cadre scolaire. Et c’est toujours le cas. Donc, j’ai commencé par la mode et la musique m’a rattrapé ensuite. Je ne connaissais personne dans le milieu, j’avais un petit groupe du dimanche au Raincy-Villemonble dans le 93 et, un jour, le batteur du groupe m’a informé que l’on cherchait une voix pour une pub. Ça me changeait du baby-sitting pour gagner un petit billet et je me suis lancé. Je n’ai jamais fait cette pub mais j’ai rencontré ma manageuse. A l’époque, j’avais une vraie candeur vis-à-vis de ce métier. J’essaie d’ailleurs de la préserver mais avec difficulté ! [Rires.] Quand je suis arrivé avec mon premier titre Pas là, je n’avais aucun code. J’enfilais ma chemise que ma maman me repassait car, à l’époque, j’habitais encore chez elle, et je partais faire ma promo. Je ne maîtrisais vraiment rien. Mais j’étais content.
NIKOS : Je t’ai connu à tes débuts, il y a dix ans, et ce qui me frappait surtout, c’est que tu t’adressais aux techniciens comme aux stars avec la même intention… bienveillante.
VIANNEY : C’est comme ça, je suis attaché à ces valeurs et aux vraies amitiés. Si tout s’arrête, je conserverai ces biens, si précieux. Et vois-tu Nikos, je me souviens qu’à mes débuts, tu avais réalisé une photo de moi à ton bureau, je n’avais alors rien fait de probant mais tu as eu une véritable considération. Je ne l’oublie pas.
NIKOS : On sent que tu as du mal avec la lumière…
VIANNEY : J’apprends à savourer le travail accompli. Surtout depuis que j’ai un fiston. Ça change tout.
NIKOS : Tu as arrêté les tournées il y a plus de deux ans. Ça te manque ?
VIANNEY : Oui, je l’avoue, mais j’avais besoin de temps pour moi. Mon rapport à la lumière est complexe, Nikos. Parfois, elle m’éblouit un peu, elle peut me déranger aussi. Quand elle est trop longtemps sur moi. Je ne suis pas à l’aise avec cette vie-là. Depuis que j’ai retrouvé un peu d’ombre de manière personnelle, mon bonheur a augmenté. Je peux tenir encore un peu même si le public, les émotions que nous partageons et la scène me manquent.
NIKOS : Tu es encore impressionné par les artistes que tu croises ?
VIANNEY : Oui, je suis admiratif. Par exemple, je ne me suis jamais habitué à croiser Florent Pagny. Je faisais ses premières parties, il y a dix ans. C’était mon boss et c’est comme ça que je le considère. Avec respect et reconnaissance. Je ne vais pas d’un coup lui taper sur l’épaule et l’appeler « frérot ». Chacun sa place.