Michel Drucker raconte ses débuts à la télévision : “J’ai appris mon métier devant une partie de la France”
Le journaliste et animateur Michel Drucker est l’invité exceptionnel du Monde d’Élodie à l’occasion de la sortie de son livre “Avec le temps…” aux éditions Albin Michel. Dans ce deuxième épisode, il raconte ses débuts tremblants à la télévision.
Michel Drucker est l’invité exceptionnel du Monde d’Elodie avec chaque jour un passage de sa vie ou même un trait de sa personnalité. Son célèbre canapé rouge trône dans le salon de milliers de Français à chaque numéro de l’émission Vivement Dimanche et ce depuis 25 ans. De Tilt sur la première chaîne de l’ORTF aux Rendez-vous du dimanche sur TF1, en passant par Champs-Elysées sur Antenne deux, la télévision est née avec lui autant qu’il est né professionnellement et surtout humainement avec elle.
franceinfo : Vous avez animé plus de 80 émissions, c’est ça ?
Michel Drucker : Je ne sais pas. On me dit qu’à l’INA, il y a près de 4 000 heures d’images me concernant.
“Je n’ai pas fait l’ENA comme mon frère, j’ai fait l’INA.”
Dans votre dernier ouvrage, Avec le temps…, vous avouez que vous avez eu l’immense chance de connaître et d’avoir vécu la révolution qu’était la télévision, le passage des voix à la télévision. Est-ce que ce n’est pas l’une des plus grandes satisfactions d’avoir vécu cette révolution-là ?
Oui, d’avoir vécu ça, d’avoir donné du temps au temps, d’être encore là, puisque c’était mon obsession. Je l’écris dans le livre très jeune, dès 22 ans, quand j’étais stagiaire à la télévision, aux côtés de tous les grands, notamment de Léon Zitrone, mais également de Roger Coudert, de Thierry Roland. J’ouvrais des grands yeux et j’avais conscience que je participais à une révolution quand même, quand on pense tout ce qu’il y a maintenant. Donc j’ai appris mon métier comme un artisan avec des gens qui auraient pu être mes parents et je n’ai pas vu le temps passer. Je me suis réveillé un matin et on me dit, “Bravo, tu es là depuis 60 ans”. Je me suis réveillé un matin et j’avais 80 ans, c’est irréel, ce que je vous raconte. Souvent, je me demande si c’est moi qui a bien vécu tout ça.
Vos débuts ont été un peu catastrophiques, vous étiez très tremblant à tel point que Léon Zitrone et Roger Coudert tenaient la table.
Une partie des Français a eu la gentillesse et l’indulgence de me voir apprendre mon métier devant eux. Zitrone m’avait dit, “Soyez prêt. Ayez toujours une veste, une chemise et une cravate. En dessous, ce n’est pas grave puisque vous êtes cadrés en gros plan”. Donc j’étais prêt et huit jours après, j’ai remplacé quelqu’un dans l’émission Sport Dimanche qui passait à 20h20 le dimanche après un journal qui ne durait que 20 minutes, donc vous imaginez l’audience colossale que c’était. Du jour au lendemain, les gens dans l’autobus faisaient mine de trembler en me regardant, en disant, “Ça va mieux depuis hier soir ?” On ne m’avait pas dit que lorsqu’on fait de la télévision pour la première fois de mettre ses feuilles à plat. Comme je les ai prises à bras-le-corps, j’ai commencé à trembler et on a vu que ça. Pendant des mois et des mois, on me disait, “Ça va ? Tu trembles moins ?” J’ai appris mon métier devant une partie de la France, ce qui est quand même surréaliste.
Une personne vous a beaucoup soutenu, c’est Michèle Arnaud. Elle a cru en vous, même si elle a été très dure avec vous au départ.
Elle m’en a fait baver, mais je lui dois l’essentiel. Michèle Arnaud était une chanteuse de cabaret très intransigeante. Elle m’a vu un jour à la télévision, en train de meubler dans une situation rocambolesque, au Bourget, tentant de commenter l’arrivée d’un avion. Donc elle m’a convoqué, m’a dit, “C’est vous que j’ai vu l’autre jour, ce que vous avez fait, c’est incroyable. Venez, je vais créer une émission de divertissement et je vais faire des essais avec vous”.
“Elle a été une vraie peau de vache, mais je la remercie encore aujourd’hui.”
D’abord, elle m’a dit qu’il faut tout connaître de ce métier. Elle m’a dit, “Je vous préviens, c’est un métier de ragots, tout le monde se déteste. Il faut savoir qui a couché avec qui, qui couche avec qui, et qui couchera avec qui. Par exemple, vous allez entendre que j’ai couché avec Mitterrand. Eh bien, c’est vrai, j’étais sa maîtresse”. Elle était très dure, elle me faisait refaire souvent dix fois la prise. Elle appuyait sur le bouton pour que tout le monde entende, que ce soit les chanteurs que je présentais et tous les techniciens. Elle disait, “Drucker, on va la refaire, vous ne présentez pas des résultats sportifs, c’est une émission de divertissement. Rappelez-moi de vous acheter un dictionnaire des synonymes pour Noël”.
Elle vous a donné ce conseil de connaître un peu tout sur tout le monde et force est de constater que c’est ce qui vous est arrivé, puisque vous avez prêté pendant très longtemps votre appartement, qui était place de Clichy, à vos collègues et il a servi de garçonnière.
C’était il y a 60 ans, j’habitais place Clichy, sans ascenseur, seul. Un jour, un copain m’a dit, “Tu habites tout seul ? Tu ne veux pas me prêter ton appartement pour mon 5 à 7 ?” J’ai dit oui, puis ça a fait le tour de la rédaction. Tous mes copains avaient leur jour. Jusqu’au jour où le patron de la rédac me dit, “Drucker, après la conf de rédaction, j’ai à vous parler. J’ai appris par des rumeurs de la rédaction que vous aviez un pied à terre, une sorte de garçonnière ? Pour moi, ça sera le vendredi.” Et j’ai dit, “Oui, Monsieur le directeur !”