Mort du streamer Jean Pormanove : l’autopsie exclut “l’intervention d’un tiers”

La mort de Raphaël Graven, plus connu sous son pseudonyme de Jean-Ormanov, continue de susciter de vives interrogations et d’importants débats publics. Cet homme, suivi par des centaines de milliers d’abonnés sur la plateforme de streaming Kick, est décédé dans la nuit du dimanche au lundi, en plein direct.

Mort en direct du streamer Jean Pormanove : une enquête ouverte

L’annonce du procureur de la République de Nice, rendue publique après l’autopsie, a surpris et, dans une certaine mesure, dérouté l’opinion : selon les experts médicaux, son décès ne résulterait pas d’un traumatisme physique directement causé par un tiers, mais plutôt de causes « médicales et/ou toxicologiques ».

Une telle conclusion, qui écarte la thèse d’un décès provoqué par des coups ou des violences immédiates, ne signifie pas pour autant que l’affaire soit close. Les circonstances dans lesquelles Raphaël Graven a trouvé la mort demeurent troubles et, surtout, l’environnement dans lequel il évoluait soulève de lourdes questions éthiques, sociales et judiciaires. Depuis plusieurs années, ce streamer participait à des vidéos particulièrement violentes, où il était régulièrement frappé, humilié, privé de sommeil et soumis à des traitements dégradants.

Malgré la mise en avant de son « consentement » – lui-même affirmait à plusieurs reprises agir de son plein gré – le cadre juridique français est très clair : les violences, même acceptées par une victime, ne peuvent jamais être justifiées. Le procureur l’a rappelé :

 

dans le droit pénal, l’intégrité physique d’une personne est un bien protégé qui ne peut pas être aliéné, même volontairement. Autrement dit, personne n’a le droit de se faire maltraiter pour de l’argent ou du spectacle, et encore moins d’offrir cette maltraitance comme divertissement à un public.

Quelques semaines avant le drame, certains de ses compagnons de streaming, eux-mêmes mis en cause pour leur participation active à ces « défis », avaient déjà tenté de se dédouaner. Dans une séquence devenue virale, l’un d’eux déclarait : « Si demain il meurt en plein live, ce sera dû à son état de santé de merde, pas à nous. » Une phrase qui résonne aujourd’hui comme un terrible aveu d’irresponsabilité.

Mort de « Jean Pormanove » : sur la plateforme Kick, la mort en direct -  L'Humanité

Car si la science médicale conclut que la mort n’est pas la conséquence directe d’un coup, elle n’efface en rien la responsabilité morale – et peut-être pénale – de ceux qui, semaine après semaine, ont participé à une mise en scène de violences physiques et psychologiques.

Le procureur de Nice a d’ailleurs insisté : l’enquête reste ouverte, non seulement pour déterminer les causes précises du décès, mais également dans le cadre d’une procédure déjà engagée depuis décembre 2024. Cette procédure porte sur des faits de « violences volontaires en réunion sur personne vulnérable », qualification juridique qui montre bien que l’affaire dépasse la simple question d’un malaise médical. Car la vulnérabilité de Raphaël ne faisait plus de doute : amaigri, affaibli, constamment exposé à des humiliations publiques, il avait lui-même confié à ses proches son sentiment d’être piégé et séquestré dans un concept devenu inhumain.

La mort de Jean-Ormanov met en lumière l’extrême dérive de certaines pratiques sur Internet. Le streaming, à l’origine pensé comme un espace de partage et de créativité, s’est transformé pour certains en une scène où le spectaculaire l’emporte sur toute considération éthique. Dans ce cas précis, la souffrance d’un homme a été transformée en contenu monétisé, et le voyeurisme morbide d’une partie du public a contribué à entretenir un système destructeur. Des milliers de spectateurs payaient pour assister à ce qu’ils considéraient comme un « show », sans se soucier de l’impact réel sur la vie et la santé de la personne qu’ils observaient.

Le fait que l’autopsie évoque désormais une cause « médicale ou toxicologique » n’éteint pas le scandale. Bien au contraire, cela interroge encore davantage : si Raphaël Graven souffrait d’une fragilité cardiaque ou d’un état de santé déjà dégradé, n’était-ce pas une raison supplémentaire pour le protéger au lieu de l’exposer ? Si des substances toxiques ont été retrouvées, il faudra déterminer s’il s’agissait d’une consommation volontaire, d’un usage imposé, ou d’un mélange aggravant les conditions déjà extrêmes dans lesquelles il vivait.

Derrière l’emballement médiatique, se dessine un problème sociétal plus profond : jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans la quête de divertissement ? La mort en direct, filmée et diffusée comme un spectacle, marque une étape inquiétante dans l’histoire d’Internet. Les plateformes de diffusion, souvent accusées de laxisme, portent également une part de responsabilité. Kick, qui a hébergé ces vidéos pendant des années, doit répondre de son incapacité à prévenir de tels abus. Car laisser se monétiser des contenus où un homme est battu, humilié et détruit progressivement, c’est cautionner indirectement une forme de torture moderne.

Le choc suscité par la disparition de Raphaël pourrait néanmoins servir d’électrochoc. Déjà, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer un renforcement des contrôles sur les contenus en ligne, une surveillance accrue des pratiques de streaming et surtout une responsabilisation des diffuseurs. Car il ne suffit pas d’incriminer quelques bourreaux visibles à l’écran : tout un système économique et technique a rendu possible cette dérive.

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Pour la famille de Raphaël, le drame reste inacceptable. Sa mère, qui avait entendu son fils exprimer son désarroi et son envie d’arrêter, n’a jamais cessé de dénoncer l’attitude cynique de ceux qui se prétendaient ses amis. Ses paroles résonnent encore : « Ils n’ont aucun respect, ils m’ont pris mon fils. » Le combat judiciaire qui s’annonce sera donc aussi un combat moral, celui d’une famille cherchant la vérité et la justice dans un monde où la frontière entre divertissement et barbarie semble s’être dangereusement brouillée.

La mort de Jean-Ormanov ne peut pas être réduite à un simple problème médical. Même si l’autopsie affirme que le décès n’a pas une origine traumatique, il est impossible d’ignorer le contexte : celui d’un homme fragilisé, surexploité, maltraité sous l’œil complice d’un public et d’une plateforme. Sa disparition pose une question essentielle : voulons-nous vraiment d’un monde où la souffrance humaine devient un spectacle lucratif ?

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